Les cavales qui m’emportent au gré de mes désirs,
Se sont élancées sur la route fameuse
De la Divinité, qui conduit partout l’homme instruit ;
C’est la route que je suis, c’est là que les cavales exercées
Entraînent le char qui me porte. Guides de mon voyage,
Les vierges, filles du Soleil, ont laissé les demeures de la nuit
Et, dans la lumière, écartent les voiles qui couvraient leurs fronts.
Dans les moyeux, l’essieu chauffe et jette son cri strident
Sous le double effort des roues qui tournoient
De chaque côté, cédant à l’élan de la course impétueuse.
Voici la porte des chemins du jour et de la nuit,
Avec son linteau, son seuil de pierre,
Et fermés sur I’éther ses larges battants,
Dont la Justice vengeresse tient les clefs pour ouvrir et fermer.
Les nymphes la supplient avec de douces paroles
Et savent obtenir que la barre ferrée
Soit enlevée sans retard ; alors des battants
Elles déploient la vaste ouverture
Et font tourner en arrière les gonds garnis d’airain
Ajustés à clous et à agrafes; enfin par la porte
Elles font entrer tout droit les cavales et le char.
La Déesse me reçoit avec bienveillance prend de sa main
Ma main droite et m’adresse ces paroles :
« Enfant, qu’accompagnent d’immortelles conductrices,
Que tes cavales ont amené dans ma demeure,
Sois le bienvenu; ce n’est pas une mauvaise destinée qui t’a conduit
Sur cette route éloignée du sentier des hommes ;
C’est la loi et la justice.
Il faut que tu apprennes toutes choses,
Et le cœur fidèle de la vérité qui s’impose,
Et les opinions humaines qui sont en dehors de la vraie certitude.
Quelles qu’elles soient, tu dois les connaître
Egalement, et tout ce dont on juge.
Il faut que tu puisses en juger, passant toutes choses en revue.

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